VARANASI OU BENARES 02 – 04 octobre 2002

 

Ce WE c'était DIWALI (Noël indien), avec lundi de férié, et mardi de congé afin de bien profiter de Varanasi, en amoureux.

 

 

Un début de WE dans les transports indiens:

Tout lieu de pèlerinage exige de ses pèlerins un minimum d’efforts et de souffrances. Nos 11 heures de train puis notre heure de bus n’étaient pas un calvaire, mais il fallait quand même supporter la chaleur, la promiscuité dans le bus et les nombreuses secousses jusque Varanasi….et puis, quand on croit y être arrivés, et bien non, il faut encore utiliser les rickshaws locaux ! Se rendre sur les Gaths descendants dans le fleuve exige un quota de pollution, de chaleur, et de secousses du rickshaw.

 

Vite: un coca bien frais!

Le Gange… qui aurait cru qu’on y serait un jour ? On admire rapidement le fleuve sacré, on évite les nombreux mendiants et les bouses de vaches, on repousse les diseurs de bonne aventure, les barbiers, les geôliers, les vendeurs de cartes postales, les masseurs de rues... et on trouve enfin l'auberge qu'on nous avait recommandée. On se rafraîchit le gosier en attendant qu'une chambre se libère, et on fait la connaissance de Marc, un canadien.

 

 

L'univers des Gaths

Les bords du Gange sont incroyables. C'est comme on se l'imaginait, avec des gens qui se baignent; et d'autres qui font leur lessive ou leur vaisselle. Mais c'est aussi très sale, des ordures partout, des excréments, des déchets de toutes sorte. Mais il en faut plus aux Hindous pour les empêcher de faire leurs ablutions rituelles, au côté des chèvres, porcs, bufflons, et chiens errants. Il y a aussi une grande concentration de Sadous: ces Indiens illuminés qui vagabondent en prêchant une bonne nouvelle, en état de communication avec le surnaturel, et qui se prennent pour des demi- dieux pouvant échapper au cycle infernal des réincarnations. Ils sont maigres, vêtus de jaune ou de rouge, ils adorent Shiva ou Vishnu et passent leurs journées à méditer au bord du Gange.

Nous, on se ballade en spectateurs harcelés par les enfants et les mendiants; jusqu'à notre arrivée à l'endroit des crémations....

 

Les crémations

Varanasi est le centre cosmique de l'univers, mais c'est aussi et surtout un lieu sain pour les Hindous. Le désir suprême de chaque Hindous est de se faire brûler - à la mort - au bord du Gange, et d'avoir ses cendres jetées sur le fleuve sacré. Ce rituel aiderait à mettre fin aux réincarnations puisque cet endroit sacré est le plus proche des dieux. Bref! cette histoire est bien belle, mais la réalité l'est un peu moins! Cyril et moi sommes tombés par hasard sur les bûchers...et ça fait drôle!

Des gens en procession, un corps enroulé dans un linceul de soie et porté sur une civière, des guirlandes de fleurs, des prêtres, l'odeur du feu, la vue des bûchers, les chèvres qui mangent les restes, l'insalubrité, les opportunistes qui profitent de cet instant solennel pour venir arnaquer les touristes, des jeans qui sèchent près des bûchers, des tas et des tas de bois pour brûler les corps, le bruit d'un générateur d'électricité, le four crématoire juste derrière pour les famille trop pauvres pour pouvoir acheter du bois pour leur défunt.

On a vu la mort en face, et avons gobés, malgré nous, tout ce mélange de sacré et de sordide, qui nous a remué l'estomac....

 

 

Soirée plus civilisée

On se rend à un concert de flûte et de cithare le soir. La première partie est endormante et nulle : la flûte et le tambour ne s’écoutent pas, et leur prestation ne finit pas. Le deuxième partie est beaucoup mieux, on a devant nous, un musicien de cithare accompagné d’un tambour. C’est envoûtant…Cyril l’érudit, achète le CD pour pouvoir se perfectionner à la cithare…bonne chance ! Petit concert agréable, dans une petite salle pas déplaisante, au détour d’une ruelle puante et sale. On finit sur la terrasse de notre auberge, sous les étoiles, au bord du Gange.

 

Dimanche

Levés à 06h00, on se dépêche de négocier pour une heure de barque sur le fleuve et jouir du lever de soleil. C'est aussi le meilleur moment de la journée pour voir les gens se baigner. Il y a un monde fou dans l'eau! les femmes sont regroupées et se lavent discrètement dans leurs saris, tandis que les hommes et les enfants barbotent gaiement dans une des eaux douces les plus polluées du monde. Il y a beaucoup de couleurs qui oscillent du rouge, au jaune, en passant par l’orange et le rose.

Un peu fatigués; on lézarde ensuite au soleil, puis on décide d'aller dans un village à côté où, soit disant, Bouddha, a eu sa révélation. J'ai bien précisé le soit- disant, car les temples construits à l'effigie de Bouddha étaient récents et sans charme...bref, beaucoup de trajet en rickshaw pour pas grand chose, mais cette ballade a au moins eu le mérite de nous faire apprécier une fois de plus les routes cabossées et trouées de l'Inde !

Plus tard Cyril se fait couper les cheveux dans la rue (c'est comme ça que ça fonctionne ici), c'était rigolo aussi entre la nouvelle coupe à l'indienne; et le fou qui se coiffait derrière Cyril, en train de réciter des prières...

 

 

Lundi

Dernière journée à Varanasi. Emilie se réveille avec une allergie: le visage tout rouge et les joues gonflées: Comme au réveil d'une opération des dents de sagesse. Ca doit être dû au choc émotionnel, au fait d'avoir vu des morts; un cadavre de chien flotter, un autre chien égorgé dans une rue, un macchabée flotter dans le fleuve, toutes les têtes de fous.... Au moins on a évité la turista, pas comme deux des pensionnaires de l'auberge! Cette journée on la passe tranquillement à discuter avec Marc, et à se balader une dernière fois le long de ce fameux Gange qu'on est content de quitter finalement!

 

WE riche en émotions et atmosphère pesante. Décidément, on est toujours surpris dans ce pays!

 

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POÈME DE BENARES

Un corps gît sur le sol

 

 Un corps gît sur le sol, paisible et immobile,

Un cadavre sans visage, mystérieux et tranquille.

 

Une femme embaumée, d’un bleu couleur Krishna,

Repose sans émoi, des guirlandes sur les bras.

 

De frêles bouquets oranges, que reflète l’eau du Gange,

Qui ruisselle et qui bruisse, déjà se fanent et passent,

Tandis que les os craquent, se brisent et puis s’embrasent.

 

Un cadavre sans visage, tranquille et insouciant,

Entre deux couches de bois, s’enflamme en crépitant.

 

Une âme qui s’envole, un corps qui s’étiole,

Des figures émaciées, transportent un nouveau-né.

 

Un corps gît sur le sol, atroce et immobile,

Témoin du temps qui passe, qui lasse et qui écrase,

De la mort qui nous broie, nous prend et nous embrasse.

 

Un squelette décharné, effroyable, insolent,

Tel un spectre funèbre, tremblote en scintillant.

 

De la fumée épaisse abrite les relents, des vaches qui ruminent,

Et qui paissent joyeusement, les ordures balayées par l’écume du temps.

 

Les dernières flammes virevoltent, comme des poignards sanglants,

Tandis que le jour fuit, victime d’un coup cinglant.

 

L’ultime lueur d’espoir, s’affaisse dans le Gange,

Tombeau putride et froid, des démons et des anges.

 

Delhi, 25/10 – 18/12/02