Nathu Mil, un fermier de l’Inde des sables… PAR OLIVER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathu Mil a 61 ans. Il est né dans cette ferme où il travaille aujourd’hui et où vit également sa famille : ses deux fils et ses trois filles... Il a toujours vécu ici, dans la région du Shekawati, située dans le Nord Est du vaste Etat du Rajasthan. Il a toujours vécu ici et ne se verrait guère vivre ailleurs...

 

 

A la question de savoir depuis quand sa famille exploitait ces terres, Nathu Mil a sourit. Pour lui, sa famille a toujours vécu ici, son père, son grand père... et l’ensemble de ses ancêtres. Dater est bien difficile dans ce pays de tradition orale, où le temps n’est pas quelque chose d’aussi établit que dans le monde occidental... Mais selon, lui, sa famille cultivait déjà ces terres du temps des glorieux Maharadjas de Jaipur et donc bien avant les Anglais...

 

Nathu Mil est un fermier classique, semblable en de nombreux points aux autres fermiers de cette région semi-aride où toute la famille participe aux travaux de la ferme : hommes, femmes, enfants et vieillards...

 

 

Il possède 2,4 hectares de terre dans ce pays caractérisé avant tout par la surpopulation de ses campagnes et le morcellement du parcellaire agricole (la surface par exploitation est de 1,57 hectares en Inde). Ses sols sont pauvres, à texture sableuse et sans structure. Le Rajasthan est un Etat semi-aride à aride ou les précipitations varient de moins de 400 mm à 800 mm mais tombent pratiquement toutes en l’espace de 3 mois : Juillet, Août et Septembre... Mais comme pour la plupart des fermiers du nord de l’Inde, la fameuse révolution verte initiée dans les années 70 a apporté une seconde récolte, d’une eau ne venant cette fois pas d’Indra, la déesse de la pluie, mais de la terre... Ainsi, comme ses voisins, Nathu Mil possède un puit muni d’une pompe qui lui permet d’irriguer ses cultures pendant l’hiver, la saison sèche.

 

En hiver Nathu Mil plante 0,8 ha du blé, 1 ha des pois chiches et 0,4 ha de moutarde. Il irrigue ces terres grâce à des conduites métalliques et des asperseurs qu’il déplace avec son fils au gré des besoins. Si en Inde, l’irrigation par aspersion est encore très peu répandue (moins de 2% des terres), il apparaît que cette partie du Rajasthan a bien développé ce sytème assurant une bien meilleure efficience des arrosages sur ces sols sableux par rapport à l’irrigation gravitaire.

 

En été, Nathu Mil cultive 1,4 hectares de mil, 0,6 hectares de lentilles. Pour ces cultures, Nathu Mil ne compte que sur l’eau de pluie et n’irrigue pas. Ainsi, la saison « Khariff » est dépendante de la capricieuse mousson... qui arrive ou n’arrive pas... L’an dernier, le Rajasthan a accusé un déficit hydrique de plus de 70% et Nathu Mil n’a quasiment pas eu de récolte de mil et de lentilles.

 

Les tracteurs sont extrêmement rares dans la région et Nathu Mil travaille le sol à l’aide de son dromadaire, qui lui sert également de moyen de transport.

 

Comme les autres fermiers du Shekawati, Nathu Mil garde toute sa récolte de mil pour sa consommation personnelle et pour nourrir ses bêtes. Il vend la moitié de sa récolte de lentille et de blé et l’intégralité de ses récoltes de pois chiche et de moutarde. Il vend ces denrées à des négociants privés sur le marché de Nawalagarh, la ville voisine, ces derniers proposant des prix plus élevés que le gouvernement. Le système mis en place par le gouvernement permettant de racheter les récoltes

à un prix prédéfini au niveau national (Minimum Support Price) ne constitue qu’une solution ultime.

 

Tout au long de l’année, Nathu Mil cultive également sur une petite surface des légumes (choux fleurs, piments, concombres...) qu’il garde pour sa consommation personnelle ou revend selon l’ampleur de la récolte.

 

Nathu Mil possède également 3 vaches et deux bufflesses, ce qui correspond à l’effectif moyen des cheptels des exploitations de la région. La production de lait s’élève à 15 à 20 litres par jour. Il vend un peu plus de la moitié de cette production aux habitants de Nawalgarh (un litre de lait vaut 0,16 – 0, 18 Euros). Toutes ses bêtes sont nourries avec les productions de l’exploitation et Nathu Mil n’achète pas d’aliments complémentaires. Chaque année, il emmène ses vaches se faire inséminer dans le centre vétérinaire de Nawalgarh. Une insémination revient à 3 euros. Il fait saillir ses bufflesses dans un village voisin. Bien entendu, en tant qu’Hindou, Nathu Mil ne consomme pas ses bovins, la vache étant un animal sacré.

 

Aujourd’hui, la principale préoccupation de Nathu Mil est l’eau pour ses cultures... D’une part, les précipitations durant la mousson sont variables et selon les années, le revenu son exploitation peut fortement fluctuer. D’autre part, il déplore le faible approvisionnement en éléctricité (4 heures par jour) ce qui ne lui permet d’irriguer ses cultures comme il le souhaiterait durant la saison sèche. Enfin, le niveau de la nappe ne cesse de diminuer et il a du dernièrement faire recreuser son puit pour assurer un meilleur pompage. Il estime que le niveau de la nappe a baissé de 30 m en 10 ans. L’eau est aujourd’hui une préoccupation nationale en Inde... Cours d’eau et nappes sont surexploités, et de nombreuses côtes d’alerte sont dépassées dans un pays qui a encore largement besoin d’accroitre sa production agricole pour nourrir ses 20 millions d’habitants supplémentaires par an...

 

Nathu Mil n’a pas entendu parler de l’Organisation Mondiale du Commerce, mais il est conscient des risques et enjeux actuels pour l’agriculture de son pays et notamment, de l’ouverture possible des frontières pour les produits agricoles. Il sait, par le biais des journaux qu’il lit parfois ou par l’unique chaîne de télévision qu’il reçoit, que bon nombre d’agricultures étrangères sont plus compétitives que l’agriculture indienne et que si des produits américains, australiens ou sud américains étaient vendus sur le marché de Nawalghar, ces derniers seraient moins chers que ses propres produits...

 

Mais selon lui, l’ouverture des frontières est nécessaire et l’accroissement des échanges entre les pays est une chose inévitable dont il profitera. Même si aujourd’hui cela l’inquiète… Il pense que ce phénomène est inévitable car toutes les autres classes de la société profiteront d’une telle ouverture puisque les produits seront moins chers. Ainsi tôt ou tard, cette ouverture se fera, quite à sacrifier les agriculteurs. D’autre part, il pense lui-même profiter de cette ouverture, car il espère acheter des semences plus performantes aux américains ou leur acheter de l’éléctricité moins cher. Il poura alors améliorer la production de son exploitation et être plus compétitif. Peut-être également que l’ouverture des frontières permettra à ses enfants ou petits enfants d’avoir un emploi... Un vrai... Avec un profit pour son exploitation estimé à 25 000 roupies par an (500 euros), Nathu Mil souhaite avant tout que ses enfants vivent mieux... Et pour lui, vivre mieux signifie également ne plus être paysan.   

 

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